{"id":14843,"date":"2026-06-20T12:38:23","date_gmt":"2026-06-20T12:38:23","guid":{"rendered":"https:\/\/dev.iita.org\/news-item\/en-afrique-subsaharienne-fertilisation-minerale-et-agroecologie-ne-sont-pas-incompatibles\/"},"modified":"2026-06-29T21:21:06","modified_gmt":"2026-06-29T21:21:06","slug":"en-afrique-subsaharienne-fertilisation-minerale-et-agroecologie-ne-sont-pas-incompatibles","status":"publish","type":"news-item","link":"https:\/\/iita.org\/fr\/news-item\/en-afrique-subsaharienne-fertilisation-minerale-et-agroecologie-ne-sont-pas-incompatibles\/","title":{"rendered":"En Afrique subsaharienne, fertilisation min\u00e9rale et agro\u00e9cologie ne sont pas incompatibles"},"content":{"rendered":"<strong>Faut-il augmenter le recours aux engrais min\u00e9raux en Afrique subsaharienne\u00a0? C\u2019est la question \u00e0 laquelle une \u00e9quipe d\u2019agronomes africains et europ\u00e9ens* <\/strong><strong>apporte une r\u00e9ponse nuanc\u00e9e<\/strong><strong> dans un article de <\/strong><strong><em>Outlook on Agriculture<\/em><\/strong><strong>. Leur analyse repose sur une revue de <\/strong><strong>la litt\u00e9rature scientifique existante et sur plusieurs ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience de terrain en Afrique subsaharienne.<\/strong>\n\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-26414\" src=\"https:\/\/iita.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Sol-c-S.Taugourdeau.jpg\" alt=\"\" width=\"820\" height=\"615\" \/>Les approches agro\u00e9cologiques fond\u00e9es par exemple sur l&#8217;utilisation de l\u00e9gumineuses et de fumier peuvent-elles, \u00e0 elles seules, augmenter durablement la productivit\u00e9 des cultures annuelles en Afrique subsaharienne (ASS), sans n\u00e9cessiter davantage d&#8217;engrais min\u00e9raux\u00a0?\n\nCes publications regroupent 50 ans de connaissances sur les bilans nutritionnels en Afrique subsaharienne, la fixation biologique de l&#8217;azote atmosph\u00e9rique par les l\u00e9gumineuses tropicales, la valorisation du fumier dans les syst\u00e8mes de production agricole familiaux, ainsi que l&#8217;impact environnemental des engrais min\u00e9raux.\n\n<em>\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on regarde des conditions de climat et de contraintes physiques des sols comparables,<\/em><em> les rendements du ma\u00efs<\/em> \u2013 <em>principale source de calories pour les populations &#8211;<\/em><em> en Afrique subsaharienne sont trois \u00e0 quatre fois plus faibles qu\u2019ailleurs dans le monde. Cela est li\u00e9 en grande partie \u00e0 l\u2019apport d\u2019engrais min\u00e9ral &#8211; azote, potassium \u2013 qui y est en moyenne quatre fois plus faible \u00bb<\/em>, pr\u00e9cise Gatien Falconnier, chercheur au Cirad bas\u00e9 au Zimbabwe, premier auteur de l\u2019article. <em>\u00ab\u00a0En moyenne, 13 kg d\u2019azote par hectare et par an sont utilis\u00e9s en Afrique subsaharienne, toutes cultures confondues, sachant que les agriculteurs les plus pauvres n\u2019ont pas acc\u00e8s aux engrais azot\u00e9s et ne les utilisent donc pas. <\/em><em>Ce sont surtout les agro-industriels et les producteurs mara\u00eechers qui acc\u00e8dent \u00e0 l&#8217;engrais\u00a0\u00bb, <\/em>ajoute Fran\u00e7ois Affholder, agronome au Cirad bas\u00e9 au Mozambique et co-auteur de l\u2019article.\n\n<em>\u00ab\u00a0Notre objectif n\u2019est pas de produire comme en Europe ou Am\u00e9rique du Nord, mais de produire plus et plus r\u00e9guli\u00e8rement selon les saisons et ann\u00e9es, et donc d\u2019accro\u00eetre la <strong>durabilit\u00e9 \u00e9conomique de notre agriculture.\u00a0<\/strong>Pour cela, il faut assurer un minimum de nutrition des plantes qui ont besoin d&#8217;\u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux essentiels, pour que la photosynth\u00e8se, et donc leur croissance, soit efficace. \u00a0<\/em><em>Les sols sont g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9ficients en \u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux en Afrique subsaharienne et les apports organiques largement insuffisants conduisant \u00e0 des carences nutritionnelles des plantes. Cela constitue le principal facteur limitant de la production v\u00e9g\u00e9tale, hors situation de s\u00e9cheresse <\/em><em>\u00bb<\/em>, explique Pauline Chivenge de l\u2019Institut Africain pour la nutrition des plantes (APNI). <em>\u00ab\u00a0Les travaux de Christian Pieri ont d\u00e9montr\u00e9 d\u00e8s 1989 qu\u2019il est possible de restaurer une fertilit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e des sols africains gr\u00e2ce \u00e0 une approche raisonn\u00e9e des apports organiques et min\u00e9raux de nutriments\u00a0\u00bb<\/em>, compl\u00e8te Fran\u00e7ois Affholder.\n\nL\u2019article met en \u00e9vidence cinq raisons pour lesquelles davantage d&#8217;engrais min\u00e9raux sont n\u00e9cessaires en Afrique subsaharienne :\n<ol>\n \t<li><strong>L&#8217;agriculture est caract\u00e9ris\u00e9e par une utilisation tr\u00e8s limit\u00e9e d&#8217;engrais min\u00e9raux<\/strong>, des syst\u00e8mes de production mixtes agriculture\/\u00e9levage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s et une grande diversit\u00e9 de cultures, y compris les l\u00e9gumineuses. Les apports d\u2019\u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux aux cultures par les agriculteurs sont insuffisants et cela entra\u00eene une baisse g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de la fertilit\u00e9 des sols par \u00e9puisement des stocks du sol.<\/li>\n \t<li><strong>Les besoins en azote des cultures ne peuvent pas \u00eatre satisfaits uniquement par la fixation biologique de l&#8217;azote<\/strong> <strong>par les l\u00e9gumineuses<\/strong> et le recyclage du fumier. Les l\u00e9gumineuses ne peuvent fixer l&#8217;azote de l&#8217;air que si la symbiose avec des bact\u00e9ries du sol fonctionne correctement, ce qui n\u00e9cessite une absorption par la plante de diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux. \u00a0Ken Giller, de l&#8217;universit\u00e9 de Wageningen, souligne que la capacit\u00e9 des l\u00e9gumineuses \u00e0 capter l&#8217;azote de l&#8217;air gr\u00e2ce \u00e0 leur symbiose avec les bact\u00e9ries rhizobium est une opportunit\u00e9 fantastique pour les petits exploitants agricoles, <em>&#8220;mais les quantit\u00e9s d&#8217;azote fix\u00e9es sont tr\u00e8s faibles, \u00e0 moins que d&#8217;autres \u00e9l\u00e9ments nutritifs tels que le phosphore ne soient apport\u00e9s par des engrais&#8221;.<\/em><\/li>\n \t<li><strong>Le phosphore et le potassium sont souvent les premiers facteurs limitants du fonctionnement des plantes<\/strong> et des organismes vivants dont les bact\u00e9ries symbiotiques : sans disponibilit\u00e9 suffisante de phosphore et de potassium dans le sol, pas de fixation d&#8217;azote. Ces \u00e9l\u00e9ments nutritifs, phosphore, potassium et micro-\u00e9l\u00e9ments, doivent \u00eatre apport\u00e9s par des engrais, car ils ne peuvent pas \u00eatre apport\u00e9s par les l\u00e9gumineuses qui puisent ces \u00e9l\u00e9ments directement dans le sol. Dans le cas du fumier, il s\u2019agit uniquement d\u2019un transfert des zones de p\u00e2turage vers les zones cultiv\u00e9es, ce qui appauvri progressivement les zones de p\u00e2turage.<\/li>\n \t<li><strong>Les engrais min\u00e9raux, s&#8217;ils sont utilis\u00e9s de mani\u00e8re appropri\u00e9e, ont peu d&#8217;impact sur l&#8217;environnement<\/strong>. Les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre li\u00e9 \u00e0 l\u2019utilisation des engrais azot\u00e9s peuvent \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 une application raisonn\u00e9e et efficiente. De plus, il est possible de produire les engrais min\u00e9raux de mani\u00e8re plus efficiente pour r\u00e9duire l\u2019impact de leur production sur les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre \u2013 tout en sachant que cet impact est faible, de l\u2019ordre de 1 % des \u00e9missions totales d\u2019origine humaine.<\/li>\n \t<li><strong>R\u00e9duire encore l\u2019usage des engrais min\u00e9raux en ASS entraverait les gains de productivit\u00e9<\/strong> et contribuerait directement \u00e0 accro\u00eetre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire et indirectement \u00e0 l&#8217;expansion agricole et \u00e0 la d\u00e9forestation. Produire pour une population qui va doubler d\u2019ici 2050 risque de conduire \u00e0 utiliser plus de terres agricoles. Une strat\u00e9gie extensive nuit ainsi \u00e0 la biodiversit\u00e9 et contribue \u00e0 augmenter les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, \u00e0 l\u2019inverse d\u2019une strat\u00e9gie <strong>d\u2019intensification agro\u00e9cologique,<\/strong> combin\u00e9e \u00e0 une utilisation efficiente et mod\u00e9r\u00e9e d\u2019engrais min\u00e9raux.<\/li>\n<\/ol>\n<em>\u00ab\u00a0Si on prend en compte les facteurs de production d\u2019ordre biophysique comme le climat et le sol, les p\u00e9nuries de terres et de main-d&#8217;\u0153uvre agricole, il est impossible d\u2019atteindre un niveau de production satisfaisant, en fertilisant uniquement les sols avec du fumier et le recours aux l\u00e9gumineuses\u00a0\u00bb<\/em>, conclut Leonard Rusinamhodzi<strong>, <\/strong>chercheur agronome \u00e0 l\u2019Institut international d\u2019agriculture tropicale au Ghana.<strong> \u00a0<\/strong>\n\nN\u00e9anmoins, <em>\u00ab\u00a0les principes agro\u00e9cologiques li\u00e9s directement \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la fertilit\u00e9 des sols, comme le recyclage des \u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux et organiques, l&#8217;efficience et la diversit\u00e9 des cultures, <\/em><em>avec par exemple les pratiques d\u2019agroforesterie et d\u2019associations entre c\u00e9r\u00e9ales et l\u00e9gumineuses,<\/em><em> demeurent essentiels pour am\u00e9liorer la sant\u00e9 des sols. La fertilit\u00e9 des sols repose sur sa richesse en mati\u00e8re organique, apport\u00e9e par la croissance des v\u00e9g\u00e9taux qui d\u00e9termine la biomasse qui revient au sol sous forme de racines et de r\u00e9sidus v\u00e9g\u00e9taux. L\u2019utilisation efficiente des engrais min\u00e9raux permet d\u2019enclencher un cercle vertueux.\u00a0Ces nutriments sont cruciaux pour la durabilit\u00e9 de la productivit\u00e9 agricole \u00bb,<\/em> souligne Gatien Falconnier.\n\nLes chercheurs plaident donc en faveur d&#8217;une position nuanc\u00e9e qui reconna\u00eet le besoin d\u2019augmenter l\u2019usage des engrais min\u00e9raux en Afrique subsaharienne, de fa\u00e7on mod\u00e9r\u00e9e et bas\u00e9e sur des pratiques efficaces, en combinaison avec l&#8217;utilisation de pratiques agro\u00e9cologiques et un soutien politique ad\u00e9quat. Cette approche \u00e9quilibr\u00e9e vise \u00e0 assurer une <strong>s\u00e9curit\u00e9 alimentaire durable tout en pr\u00e9servant les \u00e9cosyst\u00e8mes et en luttant contre la d\u00e9gradation des sols<\/strong>.\n\n<strong>R\u00e9f\u00e9rence\n<\/strong>Falconnier, G. N., Cardinael, R., Corbeels, M., Baudron, F., Chivenge, P., Cou\u00ebdel, A., Ripoche, A., Affholder, F., Naudin, K., Benaillon, E., Rusinamhodzi, L., Leroux, L., Vanlauwe, B., &amp; Giller, K. E. (2023). The input reduction principle of agroecology is wrong when it comes to mineral fertilizer use in sub-Saharan Africa.\u00a0Outlook on Agriculture, 0(0).\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/00307270231199795\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/00307270231199795<\/a>\n\n<strong>* Cirad, Centre international d\u2019am\u00e9lioration du ma\u00efs et du bl\u00e9 (CIMMYT), Institut international d\u2019agriculture tropicale (IITA), Universit\u00e9 de Wageningen et Institut africain pour la nutrition des plantes (APNI)<\/strong>\n\n<strong>Contact <\/strong><a href=\"mailto:presse@cirad.fr\">presse@cirad.fr<\/a>\n\n<strong>Scientifique<\/strong>\nGatien Falconnier\n<a href=\"mailto:gatien.falconnier@cirad.fr\">gatien.falconnier@cirad.fr<\/a>\n\nPauline Chivenge\n<a href=\"mailto:P.CHIVENGE@apni.net\">P.CHIVENGE@apni.net<\/a>\n\nLeonard Rusinamhodzi\n<a href=\"mailto:L.Rusinamhodzi@cgiar.org\">L.Rusinamhodzi@cgiar.org<\/a>\n\n<strong>Lire aussi<\/strong>\n\n<a href=\"https:\/\/www.cirad.fr\/espace-presse\/communiques-de-presse\/2023\/des-engrais-azotes-pour-les-cultures-d-afrique-de-l-est\">https:\/\/www.cirad.fr\/espace-presse\/communiques-de-presse\/2023\/des-engrais-azotes-pour-les-cultures-d-afrique-de-l-est<\/a>\n\n<a href=\"https:\/\/www.cirad.fr\/espace-presse\/communiques-de-presse\/2022\/intensification-agroecologique-en-afrique-azote-et-ges\">https:\/\/www.cirad.fr\/espace-presse\/communiques-de-presse\/2022\/intensification-agroecologique-en-afrique-azote-et-ges<\/a>\n\n<a href=\"https:\/\/www.cirad.fr\/espace-presse\/communiques-de-presse\/2022\/la-question-de-l-elevage-a-la-cop27\">https:\/\/www.cirad.fr\/espace-presse\/communiques-de-presse\/2022\/la-question-de-l-elevage-a-la-cop27<\/a>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Faut-il augmenter le recours aux engrais min\u00e9raux en Afrique subsaharienne ? 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