Corridors de carbone et analyse du cycle de vie : constituer la base de preuves pour l'agriculture régénératrice en Afrique
Les paysages agricoles de l'Afrique se trouvent à un point d'intersection critique, extrêmement vulnérables au changement climatique, tout en détenant un potentiel énorme pour contribuer aux solutions climatiques mondiales. Deux axes de recherche complémentaires au sein du programme RCA s'efforcent de libérer ce potentiel en générant les preuves solides et spécifiques à l'Afrique dont les agriculteurs, les décideurs politiques et les développeurs de marchés du carbone ont un besoin urgent.
Corridors de carbone : comprendre ce qui fonctionne et où
Les Corridors du Carbone se concentrent sur une méta-analyse rigoureuse de l'agriculture régénératrice et du carbone organique du sol dans les systèmes agricoles africains. Les pratiques régénératrices telles que l'agriculture de conservation, les cultures de couverture, la rétention des résidus, l'agroforesterie et les amendements organiques sont depuis longtemps reconnues comme des outils pour restaurer la santé des sols et stocker le carbone. Mais la base de preuves en Afrique est restée fragmentée, dispersée entre des essais au champ individuels et des expériences localisées, ce qui rend difficile de tirer les conclusions générales et fiables que les marchés du carbone et la politique climatique exigent.
Cette recherche comble directement cette lacune en synthétisant des données empiriques provenant de tout le continent. Elle cherche à quantifier comment différentes pratiques régénératives affectent les stocks de carbone organique du sol dans divers agroécosystèmes africains et à identifier quelles combinaisons de pratiques et de conditions environnementales offrent le plus grand potentiel de séquestration. Les conclusions iront au-delà de la science pour la science. En générant des estimations crédibles et spécifiques au contexte des taux de séquestration du carbone et de leurs plages d'incertitude, la recherche éclairera directement la conception de méthodologies de crédits carbone basées sur l'agriculture, aidant ainsi les agriculteurs africains à accéder de manière significative aux opportunités croissantes des marchés volontaires du carbone.
Analyse de Cycle de Vie Harmonisée : Un Cadre Holistique pour l'Impact
Ce travail adopte une approche complémentaire, en développant un nouveau cadre analytique qui évalue les systèmes de production régénératifs d'une manière beaucoup plus complète que les outils conventionnels ne le permettent. L'Analyse du Cycle de Vie est largement utilisée pour mesurer l'empreinte environnementale des systèmes agricoles, mais elle s'est traditionnellement concentrée sur les impacts négatifs, les émissions de gaz à effet de serre, l'eutrophisation et la consommation d'énergie, tout en omettant les services écosystémiques que génèrent les pratiques régénératives.
Le cadre harmonisé d'ACV en cours d'élaboration ici comble cette lacune. En intégrant l'ACV à la modélisation des services écosystémiques, le cadre vise à capturer la contribution écologique complète des systèmes de production régénérative : non seulement la séquestration du carbone du sol, mais aussi les services de purification de l'eau (grâce à la réduction du ruissellement d'azote dans les cours d'eau) et de contrôle de l'érosion des sols. Des modèles de processus écologiques, y compris le modèle de carbone du sol RothC et les modèles de livraison des nutriments et des sédiments InVEST, sont utilisés pour simuler comment les choix de gestion agricole se répercutent sur les paysages au fil du temps. De manière cruciale, le cadre traduit également ces avantages écologiques en valeurs économiques, les reliant à la tarification du marché du carbone et aux coûts environnementaux évités. Cela crée une base analytique beaucoup plus solide pour défendre l'agriculture régénérative dans le cadre des mécanismes de financement climatique.
Le cadre sera testé et appliqué dans quatre pays : le Kenya, le Nigeria, le Ghana et la Colombie. Ils ont été choisis pour représenter la diversité des conditions agroécologiques, des systèmes d'exploitation de petits exploitants et des environnements de données qu'une méthodologie crédible doit pouvoir gérer.